CENSURÉ : Prestation de services bancaires : une solution gagnante sur toute la ligne, selon une étude de Postes Canada

Image d'une page comportant des ratures

À l’hiver 2014, une petite agence médiatique d’Ottawa, le Blacklock’s Reporter, a publié une nouvelle explosive : pendant des années, la direction de Postes Canada a secrètement mené une étude exhaustive sur les services bancaires postaux.

 

L’étude, qui a donné lieu à un rapport de plus de 800 pages, comprend une partie intitulée « Les services bancaires : une stratégie de diversification qui a fait ses preuves ». Les conclusions de l’étude ne pourraient être plus claires : les services bancaires postaux sont une stratégie gagnante sur toute la ligne qui permettrait d’assurer l’avenir du service postal public tout en offrant à l’ensemble de la population des services bancaires accessibles. Selon cette étude, pour être en mesure de relever les défis qui se posent sur son chemin, Postes Canada devrait diversifier son offre de services. Et quelle meilleure façon d’aller de l’avant que celle qui consiste à suivre l’exemple des dizaines de pays où les services bancaires postaux connaissent déjà un franc succès?

 

Toutefois, au lieu de se tourner vers l’avenir, Postes Canada a décidé de faire fi des années de recherche consacrées à cette étude et d’adopter une stratégie de sabrage à l’aveuglette. Le gouvernement de Stephen Harper a donné carte blanche à Deepak Chopra, PDG de Postes Canada, pour éliminer la livraison à domicile et chercher querelle aux travailleuses et travailleurs des postes, dont dépend la population pour recevoir son courrier. Mais ce n’est pas tout. Lorsque le Blacklock’s Reporter a enfin obtenu le rapport, 701 de ses 811 pages étaient censurées. La direction de Postes Canada s’est refusée à tout commentaire, se contentant d’affirmer que les grandes banques répondent déjà aux besoins de la population canadienne en matière de services bancaires. Postes Canada, une institution publique, a gardé cette étude secrète, à l’insu de la population, puis elle a refusé d’en dévoiler une grande partie du contenu lorsqu’elle a été prise la main dans le sac. N’eut été du travail du Blacklock’s Reporter, nous ignorerions tout de l’existence de cette étude. Et encore aujourd’hui, le portait que nous en avons est incomplet.

 

Les sections du rapport qui n’ont pas été censurées font l’éloge des banques postales d’autres pays. À une exception près, celles-ci réalisent toutes des profits, bon an mal an.

 

Les services bancaires postaux présentent une solution de rechange rentable aux compressions brutales imposées par Postes Canada. Comme le rapporte le Blacklock’s Reporter, l’étude conclut que l’ajout de services bancaires postaux ne comporte aucun risque apparent pour le service postal public. Entre-temps, Deepak Chopra et les hauts dirigeants de Postes Canada continuent de nous servir la même rengaine : « Postes Canada est en difficulté, il faut couper, couper, couper. » En théorie, la direction de Postes Canada doit rendre des comptes à la population par l’intermédiaire du gouvernement. Malheureusement, le gouvernement qui était alors au pouvoir était totalement opposé aux services publics. Et les mesures prises par Postes Canada consistaient, ni plus ni moins, à livrer au gouvernement Harper la privatisation du service postal sur un plateau d’argent.

 

Il n’est donc pas surprenant d’apprendre qu’un autre rapport semblable a été relégué aux oubliettes pendant le règne de Stephen Harper. Intitulé « La Société canadienne des postes et la prestation de services financiers et gouvernementaux : La voie de l’avenir? », ce rapport a été publié par la Bibliothèque du Parlement, en 2005. Il conclut que deux perspectives d’avenir s’ouvrent au service postal public : « couler ou nager ». Postes Canada peut se plaindre et ne rien faire (couler) ou se diversifier (nager). Au sujet des services bancaires postaux, le rapport reconnaît que d’autres administrations postales ont relevé ce défi avec beaucoup de brio. Le rapport indique aussi que « la voie des services financiers apparaît comme le chemin naturel pour assurer la viabilité du réseau postal canadien. » Ça semble être un bon plan, non? Eh bien, pas pour le gouvernement Harper ni pour la direction de Postes Canada, qui ont plutôt choisi de « couler ».

 

Nous voilà maintenant en 2016. L’examen du service postal, que nous a promis le nouveau gouvernement libéral et qui devrait avoir lieu sous peu, se penchera notamment sur la possibilité d’offrir de nouveaux services, tels les services bancaires postaux.

 

Un nouveau gouvernement est aux commandes, et les appuis en faveur des services bancaires postaux se font de plus en plus nombreux d’un bout à l’autre du pays. Il est temps de rattraper le temps perdu : le gouvernement Trudeau a la possibilité de se démarquer des conservateurs de Stephen Harper en relevant ce défi avec détermination. Ça ne devrait pas lui prendre trop de temps pour comprendre que les services bancaires postaux sont la voie de l’avenir; après tout, Postes Canada a déjà effectué toute la recherche pointant dans cette direction. Maintenant, il ne lui reste plus qu’à rendre publics ces rapports.