Coup dur pour Bay Street, coup de pouce pour les banques coopératives!

Photo : Bay Street, quartier financier de Toronto

Photo : Bay Street, quartier financier de Toronto


Depuis que le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes a lancé la campagne visant la mise sur pied d’#UneBanquePourTous, partout au pays les gens nous ont fait part de leur appui, de leur encouragement ou de leur scepticisme. Par ailleurs, ils ont aussi été nombreux à nous poser des questions : « Qui va payer la facture? », «Que changera la banque postale pour les travailleurs et travailleuses des postes?, puis celle-ci, qui revient très souvent : « Est-ce que la banque postale ne fera pas concurrence à ma coopérative financière? »


L’idée d’une banque postale interpelle vraiment les gens d’un bout à l’autre du pays. À l’extérieur des grandes villes, les succursales bancaires sont rares, et dans certaines régions éloignées, des résidents doivent même réserver une place dans un hélicoptère pour se rendre à la banque (dans ce cas, à combien s’élève la facture?). Les chiffres en disent long : au cours des dix années qui ont précédé 2012, plus d’un millier de succursales bancaires ont fermé leurs portes dans l’ensemble du pays, l’Ontario et le Québec ayant été les plus durement touchés.



De toute évidence, les grandes banques canadiennes sont bien plus intéressées à accroître leurs profits qu’à offrir des services aux gens qui vivent et travaillent en milieu rural.



Un grand nombre de collectivités rurales n’ont d’autres choix que de se tourner vers les coopératives financières. Selon l’Association canadienne des coopératives financières, en 2012, Desjardins était la seule institution financière présente dans 388 villes du Québec. Pour les gens, les coopératives financières jouent un rôle beaucoup plus grand dans leur vie de tous les jours que les banques traditionnelles. N’étant pas tenues de satisfaire à des impératifs de profits démesurés, elles ont tendance à réinvestir dans les collectivités qu’elles desservent. Elles parrainent de nombreuses initiatives locales, de la fête nationale du Québec à des forums et conférences dans l’ensemble du Canada

 


Malgré tout, la situation est loin d’être rose. En effet, le mois dernier, Desjardins a annoncé la fermeture de trois points de service de la Basse-Côte-Nord, soit Longue-Rive, Portneuf-sur-Mer et Colombier, trois municipalités qui figurent sur la liste des villages en déclin du Québec. Pour les gens qui vivent dans ces collectivités, une annonce comme celle-là risque de les entraîner au bord du gouffre financier. Ces fermetures, qui font partie d’un vaste plan de « réduction » en cours depuis quelques années, exposent le talon d’Achille des coopératives financières : une diminution du nombre de membres risque d’entraîner de graves conséquences pour les clients.

 

Au Canada, il n’existe aucune coopérative financière nationale. Le pays compte 5,3 millions de sociétaires, mais ils sont répartis de façon tout à fait inégale entre les provinces. Au Québec, les caisses Desjardins sont présentes presque partout. En Ontario, les membres d’une coopérative financière ne représentent que 11 % de la population. Voilà une des nombreuses raisons qui rendent incontournable la création d’une banque postale nationale. De nombreux pays ont adopté différents modèles en matière de prestation de services bancaires. Il faudra nous pencher sur les possibilités de partenariat avec les coopératives financières.

 

La banque postale du Canada fera bien davantage que de prendre le relais là où Desjardins et les autres coopératives financières ont plié bagage. Elle amorcera un dialogue national sur les valeurs et les motivations de nos institutions financières. Vu la diminution du nombre de membres des coopératives financières, le débat sur la banque postale saura certainement susciter l’intérêt de la population pour un modèle bancaire plus responsable sur le plan social et plus accessible que le modèle actuel. Une banque postale sera profitable à l’ensemble de la population.

 

Une banque postale a le pouvoir d’apporter une solution de rechange novatrice face aux grandes banques et de fournir une aide précieuse au milieu rural. De plus, elle permettra de raviver un concept jugé ancien mais essentiel, soit celui de fournir des services financiers dans le meilleur intérêt du public.