Prêteurs sur salaire : les beaux jours s’achèvent

Prêteurs sur salaire : les beaux jours achèventCréer une banque postale serait dans le meilleur intérêt des travailleurs et travailleuses à faible revenu du Canada


Votre auto tombe en panne. Votre dentiste vous annonce de mauvaises nouvelles. Votre fille fait un voyage scolaire et vous recevez une facture par la poste. Les achats des Fêtes ont mis à sec votre compte de banque. Votre cote de crédit n’est pas reluisante, et les grandes banques refusent de vous consentir un prêt. Quand l’argent fait défaut, à qui vous adressez-vous?


Les gens sont de plus en plus nombreux à se poser cette question. Pour certains, cette situation difficile représente une occasion d’affaires en or. Depuis leur apparition dans le paysage, il y a vingt ans, les prêteurs sur salaire poussent comme des champignons, sur les principales artères des villes et sur Internet. Au Canada, on compte plus de prêteurs sur salaire que de restaurants McDonald. Les taux d’intérêt de ces entreprises varient d’une province à une autre, mais toutes exigent des taux faramineux. En Ontario, pour chaque tranche d’emprunt de 100 $ à rembourser dans 15 jours, les prêteurs sur salaire exigent 21 $ d’intérêt; en Colombie-Britannique et en Alberta, ils exigent jusqu’à 23 $ d’intérêt. Il s’agit d’un taux d’intérêt annuel qui se situe entre 547 % et 599 %, de loin supérieur à toute autre forme de crédit. Autrement dit, les prêteurs usuraires d’aujourd’hui sont les gangsters de l’époque de la Grande Dépression.


Au Canada, les prêteurs à court terme ont des millions de clients, qui souvent n’ont d’autres choix que de faire affaire avec eux, encore et encore. L’emprunteur moyen utilise une grande partie de son salaire pour rembourser son dernier emprunt. Pour joindre les deux bouts, il doit contracter un deuxième prêt. Les intérêts s’accumulent, et en moins de temps qu’il n’en faut, il se trouve coincé dans une spirale d’endettement.    


Il existe deux moyens de contrer le prêt sur salaire. Il y a tout d’abord la réglementation. Interdire les taux d’intérêt usuraires ne ferait certainement pas de tort. Alarmées par la crise de l’endettement engendrée par les prêts sur salaire, crise qui ne cesse de prendre de l’ampleur, certaines provinces et collectivités ont pris des mesures pour y remédier. Au Québec, grâce au plafonnement à 35 % des taux d’intérêt annuels, les entreprises d’encaissement de chèques ont en grande partie cessé d’offrir des prêts sur salaire  


Une réglementation accrue peut soulager les pires symptômes de la crise, mais elle n’arrivera pas à régler la situation. Pourquoi des entreprises comme Money Mart et ses semblables n’ont-elles aucune difficulté à trouver de nouveaux clients? Parce que les personnes vulnérables sont les plus durement frappées par les difficultés économiques actuelles. Une récente étude indique que 47 % des Canadiens ont dit qu’ils vivaient d’un chèque de paie à l’autre et qu’ils auraient des ennuis si leur paie leur était remise ne serait-ce qu’une semaine en retard.


Même si ce secteur d’activité disparaissait du jour au lendemain, les fins de mois seraient toujours difficiles, et les banques rejetteraient encore les personnes vulnérables. Pour les personnes qui touchent un revenu fixe, contracter un seul prêt sur salaire risque de les entraîner dans un piège dont elles mettront des années à se sortir, et au bout du compte, elles auront remboursé plusieurs fois le montant emprunté.  


Malgré les revers économiques que le Canada a connus l’année dernière, plusieurs de nos grandes banques ont enregistré des profits record, certaines ayant proposé leur expertise en matière de paradis fiscaux au 1 % le plus riche. Pendant ce temps, à l’extérieur du milieu douillet des plus riches, les gens ordinaires ont eu recours aux prêteurs sur salaire. Une récente étude de l’hôpital St. Michael permet de constater que les prêteurs sur salaire remplacent les banques dans les quartiers défavorisés, là où les institutions financières classiques ne répondent pas aux besoins de la population.  


Comme l’a déjà affirmé Stan Keyes, ancien ministre libéral, aujourd’hui président de l’Association canadienne des prêteurs sur salaire : « Les emprunteurs ont-ils d’autres choix? ».    


Il existe pourtant une solution, mais on se garde bien de la faire connaître du public. À preuve, deux rapport novateurs, l’un commandé par Postes Canada, l’autre, par la Bibliothèque du Parlement, recommandent la création d’une banque postale. Ces deux rapports ont toutefois été relégués aux oubliettes pendant le règne de Stephen Harper. Des services bancaires courants à frais réduits fournis partout au pays seraient une solution bénéfique à l’ensemble de la population. Pour les personnes à faible revenu, de tels services pourraient leur sauver la vie. 


Si Justin Trudeau prend au sérieux la lutte contre la pauvreté, il devrait prendre exemple sur la France, le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande. Mettre fin à l’expansion rapide du secteur des prêts sur salaire devrait figurer dans la liste des mesures prioritaires du gouvernement. Notre message est simple : Mettons fin à l’extortion. Dotons-nous d’une banque pour tous, présente dans chaque bureau de poste du pays.   

 

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