Un avant-goût de la banque postale dans le Nord du Canada

Image panoramique d’un bureau de poste sur la côte de Terre-Neuve

Photo : Dianne Parsons, membre de l’ACMPA, bureau de poste de Pouch Cove (Terre-Neuve-et-Labrador)


La population de Nain, le village situé le plus au Nord de la province de Terre‑Neuve-et-Labrador, suffit à peine à faire vivre quelques commerces, un gîte touristique et, chose commune dans les collectivités rurales du Canada, un bureau de poste. Jusqu’à tout récemment, le bureau de poste de Nain offrait des services bancaires en partenariat avec la Banque de Montréal. Ce projet pilote, qui ne devait durer que deux ans, s’est prolongé pendant 17 ans. Postes Canada a finalement mis fin au partenariat, mais en raison des fortes pressions exercées par la population, la Banque de Montréal a décidé d’ouvrir sa propre succursale dans la collectivité.

                                            

Les résidents de Moose Factory, en Ontario, n’ont pas été aussi chanceux. De 1999 à 2007, cette collectivité nordique de quelques milliers de personnes a eu un avant-goût des services bancaires postaux lorsque le bureau de poste local a hébergé une succursale de la Banque de Montréal. Toutefois, lorsque la succursale a fermé ses portes, les dossiers et les comptes des clients ont été transférés à Timmins, située à plus de 300 kilomètres de Moose Factory. Il est impossible de se rendre à Timmins en voiture à partir de Moose Factory, et un aller simple en avion entre les deux localités coûte plus de 400 $.

                                            

Plus près de Moose Factory, de l’autre côté de la rivière, se trouve la localité de Moosonee, porte d’entrée de l’Arctique, où la population est majoritairement crie. On y trouve un musée ferroviaire, et les visiteurs peuvent observer les bélugas et les phoques sur la rivière Moose. On y trouve aussi une succursale de la banque CIBC. Il n’y a pas de pont entre Moose Factory et Moosonee. En été, les résidents de Moose Factory paient 15 $ pour faire le trajet en bateau-taxi. En hiver, les véhicules légers peuvent s’aventurer sur la route de glace. Le trajet en taxi coûte alors une dizaine de dollars. Au printemps et en automne, l’hélicoptère est le seul moyen de transport sécuritaire entre les deux localités. C’est un voyage long et coûteux. Bien souvent, les résidents de Moose Factory doivent passer la nuit à Moosonee. Ainsi, aux coûts de transports s’ajoutent les coûts liés à l’hébergement et aux repas. De toute évidence, pour les résidents de Moose Factory, se rendre à la banque représente tout un exploit!  

                                            

Mais pourquoi ne pas utiliser les services bancaires en ligne? Malheureusement, bon nombre de collectivités rurales sont dépourvues d’un service Internet fiable, et certaines n’ont même pas accès aux réseaux de téléphonie cellulaire (c’était notamment le cas de Nain jusqu’au milieu de 2014). De plus, bon nombre de services bancaires utiles, comme l’encaissement des chèques et l’ouverture d’un compte, ne sont généralement pas offerts en ligne. Les régions rurales du Canada sont  très mal desservies par les fournisseurs de services Internet, ce qui constitue en fait une autre occasion pour Postes Canada de combler un besoin dont fait fi le secteur privé.

                                            

Les grandes banques délaissent depuis longtemps les collectivités rurales, nordiques et autochtones. Au cours des deux dernières décennies, 1 700 succursales bancaires et des centaines de points de service de coopératives d’épargne et de crédit ont fermé leurs portes, abandonnant leurs clients, c’est-à-dire la population et les entreprises locales. Par ailleurs, le logo rouge et bleu du service postal a encore fièrement pignon sur rue au cœur des collectivités rurales canadiennes. Près de  85 % des quelque 4 000 comptoirs de Postes Canada sont situés en région rurale. Pourquoi ne pas tirer parti de cette quasi-omniprésence pour offrir des services bancaires accessibles à l’ensemble de la population?

                                            

Si vous vivez à Toronto, à Montréal ou à Vancouver, il se peut que la succursale bancaire la plus proche ne se trouve qu’à quelques minutes de marche de chez vous. Mais dans les régions rurales du pays, y compris dans des milliers de collectivités autochtones, il faut parfois des heures pour se rendre à la banque dans le but d’ouvrir un compte, obtenir un prêt, effectuer un dépôt, retirer de l’argent ou encaisser un chèque. Les projets pilotes de Moose Factory et de Nain n’étaient peut-être pas parfaits, mais ils ont démontré à quel point les collectivités rurales ont besoin d’un accès aux services que la majorité de la population canadienne tient pour acquis. Lorsqu’elle décidera d’offrir des services bancaires postaux à plus grande échelle, Postes Canada devrait s’inspirer du succès remporté par les banques postales publiques en Europe, en Nouvelle-Zélande et dans d’autres pays.

                                            

Personne ne devrait être obligé de prendre un hélicoptère pour se rendre à la banque. Ces projets pilotes ont offert des services bancaires utiles aux résidents de collectivités éloignées et rurales, mais ces collectivités ont besoin de services bancaires permanents et stables. Le service postal peut leur fournir de tels services. En 2016, chaque Canadienne et Canadien devrait avoir droit à un compte bancaire. Postes Canada est en mesure de leur garantir ce droit.